Des millions de sportifs en consomment chaque jour. Runners, cyclistes, pratiquants de CrossFit : les suppléments à base de nitrate (souvent vendus sous forme de jus de betterave concentré) sont partout. Sur les étiquettes, la promesse est simple : plus de performance, une meilleure circulation sanguine, un cœur en meilleure santé.
Sauf qu’une étude publiée début mai 2026 dans la revue Scientific Reports (Nature)(1) vient sérieusement bousculer cette idée. Et le résultat n’est pas du tout celui que les chercheurs attendaient.

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Ce que les chercheurs ont découvert
L’équipe de la Dalhousie University (Canada), dirigée par la Dr Susan Howlett (professeure en pharmacologie), a voulu vérifier une hypothèse qui semblait logique : combiner un supplément de nitrate de sodium avec de l’exercice aérobie devrait amplifier les bénéfices pour le cœur.
Pour cela, des souris mâles et femelles âgées de 7 à 9 mois (l’équivalent d’un adulte d’âge moyen chez l’humain) ont reçu du nitrate de sodium dans leur eau de boisson pendant 12 semaines, avec ou sans accès à une roue de course.
Le résultat a surpris tout le monde.
Chez les femelles : le supplément a bloqué les bienfaits du sport
Chez les souris femelles qui couraient sans supplément, tout se passait comme prévu : le cœur s’adaptait, devenait plus fort, les cellules cardiaques (appelées cardiomyocytes) se contractaient et se relâchaient plus vite. En clair, le cœur devenait plus efficace.
Mais chez les femelles qui prenaient du nitrate en plus de l’exercice, ces améliorations ont tout simplement disparu :
- La vitesse de contraction et de relâchement des cellules cardiaques est restée au niveau de base ;
- Le “strain longitudinal global” (un marqueur de la fonction du ventricule, mesuré par échographie) s’est dégradé, ce qui indique une moins bonne capacité de pompage ;
- L’activité de la Mg-ATPase (une enzyme clé dans la contraction du muscle cardiaque) n’a pas montré les améliorations normalement observées avec l’exercice.
En clair : le supplément a empêché le cœur de profiter de l’entraînement.
Chez les mâles : peu d’effets, mais un détail qui compte
Les mâles, qui couraient globalement moins que les femelles, ont été beaucoup moins touchés. Le nitrate n’a pas altéré le fonctionnement de leurs cellules cardiaques. Mais un point a attiré l’attention des chercheurs : la combinaison nitrate et exercice a allongé le temps de relaxation isovolumique du cœur. En termes simples, le cœur mettait plus de temps à se relâcher entre deux battements, ce qui n’est pas un bon signe sur le long terme.
Un effet temporaire (mais pas anodin)
Un élément donne quand même un peu d’espoir. Quand les chercheurs ont arrêté le nitrate chez les femelles tout en maintenant l’exercice, les bénéfices cardiaques sont réapparus. Autrement dit, l’effet négatif semble réversible à l’arrêt du supplément.
Mais cela pose une vraie question : combien de sportives prennent ces produits pendant des mois, voire des années, sans savoir qu’elles pourraient annuler une partie des bienfaits de leur entraînement sur leur cœur ?
Pourquoi cette différence entre mâle et femelles ?
C’est justement l’un des points les plus importants de cette étude. La grande majorité des recherches sur les suppléments de nitrate ont été menées exclusivement sur des sujets masculins (animaux ou humains). Les résultats étaient ensuite appliqués aux femmes par défaut.
Cette étude montre que c’est une erreur. Les différences hormonales, métaboliques et cellulaires entre les sexes influencent la manière dont le cœur réagit à ces composés. La Dr Howlett résume la situation dans le communiqué de Dalhousie University : les chercheurs s’attendaient à ce que nitrate et exercice fonctionnent en synergie pour améliorer la santé cardiaque. C’est l’inverse qui s’est produit chez les femelles.
Ce qu’il faut retenir avant de paniquer
Avant de jeter tous les pots de poudre de betterave à la poubelle, quelques précisions importantes :
- L’étude a été réalisée sur des souris, pas sur des humains. Les résultats devront être confirmés par des essais cliniques ;
- Le nitrate de sodium utilisé dans l’étude est un composé pur. Les suppléments commerciaux contiennent souvent un mélange de composés (jus de betterave, citrulline, arginine) dont les interactions ne sont pas identiques ;
- L’effet observé semble réversible à l’arrêt du supplément.
Mais cette recherche soulève une question que personne ne posait vraiment jusqu’ici : est-ce qu’un complément censé améliorer la performance peut en réalité saboter les adaptations cardiaques à long terme ? Surtout chez les femmes ?
Le vrai problème
Le marché des suppléments de nitrate est en pleine expansion. Des marques comme Beet Elite, HumanN ou encore les gammes de pré-workout “stim-free” à base de L-citrulline et d’arginine nitrate vendent des millions de doses chaque année.
La promesse marketing est rodée : plus d’oxyde nitrique, plus de vasodilatation, plus de “pump”, meilleure endurance. Mais la science qui soutient ces affirmations a été construite presque exclusivement à partir de données masculines.
Cette étude ne dit pas que les nitrates sont dangereux. Elle dit quelque chose de plus subtil, et peut-être de plus important : un supplément qui ne fait “rien de mal” à court terme peut empêcher le corps de s’adapter correctement à l’effort, surtout chez les femmes. Et ça, aucune étiquette ne le mentionne.
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