Imaginez un instant que les vêtements que vous portez, les ustensiles avec lesquels vous cuisinez ou encore les emballages alimentaires que vous utilisez au quotidien soient en réalité imprégnés de substances chimiques toxiques. Des substances capables de s’accumuler dans votre corps à votre insu, jour après jour, et de perturber votre système hormonal, votre fertilité ou encore d’augmenter vos risques de cancer. Malheureusement, ce scénario inquiétant est bien réel. Les coupables ? Les PFAS, ces polluants éternels omniprésents dans notre environnement.

Les PFAS s’infiltrent par notre peau
On pensait jusqu’à présent que les PFAS pénétraient dans notre organisme principalement par ingestion d’aliments ou d’eau contaminés. Mais une étude récente(1) vient de montrer que ces substances toxiques sont aussi capables de traverser la barrière cutanée et de passer directement dans notre sang.
Les chercheurs ont testé 17 PFAS couramment utilisés sur des modèles de peau humaine en 3D. Résultat : 15 d’entre eux ont été capables de pénétrer de manière significative à travers la peau. Le PFOA, un des composés les plus étudiés et réglementés, a montré un taux d’absorption de 13,5 % dans le sang, et 38 % de rétention dans la peau, ce qui suggère une exposition à long terme.
Plus inquiétant encore, les PFAS à chaîne courte, utilisés pour remplacer ceux à chaîne longue progressivement interdits, se sont révélés encore plus absorbables. L’acide perfluoropentanoïque par exemple a montré un taux d’absorption de 59 %, soit 4 fois plus que le PFOA.
Cette découverte est préoccupante quand on sait que nous sommes en contact permanent avec des produits contenant des PFAS. Certains cosmétiques, dentifrices ou encore vêtements imperméables pourraient ainsi nous exposer quotidiennement à ces substances par simple contact cutané, sans qu’on en ait conscience.
Un cocktail toxique aux multiples impacts sanitaires
Les PFAS sont qualifiés de perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire qu’ils sont capables d’interférer avec notre système hormonal et de provoquer des effets néfastes sur notre santé, même à très faible dose. De nombreuses études ont mis en évidence les dangers de ces polluants éternels :
- Ils peuvent affecter la fertilité masculine et féminine en perturbant les hormones sexuelles. Une exposition in utero est associée à un petit poids de naissance et des troubles du développement.
- Ils augmentent les risques de certains cancers comme ceux du rein, des testicules et de la thyroïde. Le CIRC a classé le PFOA comme cancérogène probable pour l’Homme.
- Ils ont des effets toxiques sur le foie avec une augmentation des enzymes hépatiques et des risques de stéatose.
- Ils perturbent notre système immunitaire et réduisent l’efficacité des vaccins.
- Ils sont suspectés d’augmenter le risque de maladies cardiovasculaires comme l’hypertension artérielle et les accidents vasculaires cérébraux.
Le plus préoccupant, c’est que les PFAS s’accumulent dans notre corps au fil du temps et que leurs effets cocktails sont encore mal connus. Certaines populations comme les enfants et les femmes enceintes y sont particulièrement vulnérables.
Quelles solutions pour se protéger des PFAS ?
Face à cette menace invisible, quelles solutions avons-nous pour limiter notre exposition aux PFAS au quotidien ? Voici quelques conseils :
- Privilégiez les ustensiles de cuisine en inox, en verre ou en céramique plutôt que les poêles antiadhésives.
- Évitez de réchauffer vos aliments dans des emballages en papier ou carton qui peuvent contenir des PFAS.
- Limitez l’utilisation de cosmétiques, en particulier le maquillage waterproof et les produits anti-âge qui sont souvent formulés avec des PFAS. Préférez des marques bio et naturelles.
- Aérez régulièrement votre intérieur et passez l’aspirateur pour éliminer les poussières qui peuvent contenir des PFAS issus des revêtements.
- Installez à votre robinet un filtre à charbon actif ou à osmose inverse, seules techniques capables de retenir en partie les PFAS de l’eau potable.
Mais la véritable solution viendra surtout d’une prise de conscience collective et d’une réglementation plus stricte de ces substances. Certains PFAS comme le PFOA et le PFOS sont déjà interdits mais des milliers d’autres restent autorisés et continuent de nous exposer. Il est urgent que les pouvoirs publics prennent des mesures pour éliminer progressivement tous les PFAS non essentiels et accélérer leur substitution par des alternatives plus sûres.
Car ce n’est qu’en stoppant à la source ces polluants éternels que nous pourrons espérer préserver durablement notre santé et celle des générations futures. Une prise de conscience s’impose, dès maintenant.
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Sources éditoriales et fact-checking
