Les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS) sont des produits chimiques de synthèse utilisés depuis les années 1940 dans de nombreux produits de consommation courante : revêtements antiadhésifs des poêles, emballages alimentaires, textiles, mousses anti-incendie, etc. On les surnomme « produits chimiques éternels » car ils persistent dans l’environnement pendant des décennies sans se dégrader.
Deux PFAS bien connus sont l’acide perfluorooctanesulfonique (PFOS) et l’acide perfluorooctanoïque (PFOA). Bien qu’interdits dans plusieurs pays, ces molécules sont encore détectées chez quasiment toutes les personnes testées.
Des polluants persistants et répandus
La plupart des PFAS sont très persistants dans l’environnement du fait de la stabilité de leur liaison carbone-fluore. Ils ont tendance à s’accumuler dans les sols, les sédiments et les organismes vivants au fil du temps.
« On estime que la majorité de la population mondiale a des PFAS dans son organisme » , explique Caroline Johnson, Professeur agrégé d’épidémiologie (sciences de la santé environnementale), co-auteure de l’étude.
L’exposition humaine a lieu principalement via l’alimentation et l’eau potable, mais aussi la poussière domestique.
Des recherches récentes pointent leur rôle dans la progression du cancer
Plusieurs études publiées récemment viennent renforcer les soupçons sur le rôle des PFAS dans le développement et la propagation des cellules cancéreuses.
Une étude de chercheurs de l’Université Yale publiée en décembre 2022 dans ACS Environmental Science & Technology montre que le PFOS et le PFOA favorisent la migration des cellules cancéreuses dans des expériences en laboratoire(1).
Expérience
Des cellules cancéreuses colorectales (CRC) ont été immergées dans une solution contenant deux produits chimiques PFAS (substances perfluoroalkylées) pendant jusqu’à 7 jours.
Deux types d’expériences ont été réalisés :
- Des sphéroïdes de cellules CRC ont été baignés dans la solution PFAS ;
- Une monocouche de cellules CRC a été « éraflée » (scratchée) au milieu pour séparer les cellules en deux, puis la solution PFAS a été ajoutée.
Les chercheurs ont étudié :
- La motilité des cellules (capacité de migration) ;
- Les changements métaboliques ;
- La capacité des cellules à envahir d’autres tissus.

Résultats
L’immersion des sphéroïdes dans les PFAS a augmenté la mobilité des cellules cancéreuses, indiquant une capacité accrue des cellules à se propager et pénétrer les membranes.
Des changements métaboliques associés au développement de métastases cancéreuses ont été observés.
Ces résultats montrent que les produits chimiques PFAS peuvent induire des changements dans les cellules CRC qui sont cohérents avec un processus de métastase cancéreuse.
La capacité des cellules cancéreuses à migrer est associée au développement de métastases, la propagation du cancer à d’autres organes, explique l’auteur principal de l’étude, le Pr Johnson. Nos résultats suggèrent que l’exposition aux PFAS pourrait faciliter ce processus.
Des mécanismes à élucider
Bien que le lien entre PFAS et migration cellulaire semble établi, les mécanismes sous-jacents restent à élucider. Plusieurs pistes sont avancées :
- Altération de protéines régulatrices du cycle cellulaire ;
- Activation de récepteurs nucléaires impliqués dans la prolifération cellulaire ;
- Modification épigénétiques et perturbation de protéines d’adhésion cellulaire ;
- Stress oxydant et inflammation chronique.
« Il est probable que l’effet des PFAS résulte d’une combinaison de plusieurs mécanismes interconnectés au niveau cellulaire » , analyse Jie Zheng, co-auteure de l’étude.
Ce qu’il faut retenir
Cette étude démontre que l’exposition à certains PFAS peut favoriser des caractéristiques associées à un cancer plus agressif et invasif (motilité cellulaire, changements métaboliques, invasion tissulaire).
Bien que d’autres recherches soient nécessaires, ces résultats suggèrent que ces substances chimiques pourraient contribuer au développement de métastases cancéreuses chez l’humain. Cela est préoccupant quand on sait que le PFOS a déjà été détecté dans le sang de la quasi-totalité de la population.
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Sources éditoriales et fact-checking