Une femme de 80 ans vit avec la maladie d’Alzheimer depuis dix ans. Depuis cinq ans, son langage se résumait à un ou deux mots. Puis, en quelques jours, elle a recommencé à parler longuement, à marcher seule et à contrôler sa vessie. Le cas est décrit dans la revue scientifique Frontiers in Neuroscience(1). Ce qu’on lui a administré arrive plus bas.

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Ce qu’elle avait perdu
Reprenons depuis le départ. La patiente, d’origine japonaise-américaine, vivait sous la surveillance permanente de sa famille, avec l’aide d’un aidant. En une dizaine d’années, la maladie lui avait pris presque toute son autonomie.
Concrètement, avant l’intervention :
- Elle ne prononçait plus qu’un mot ou deux à la fois ;
- Elle ne contrôlait plus sa vessie, de jour comme de nuit ;
- Elle ne marchait plus seule et ne s’habillait plus seule ;
- Elle avalait avec difficulté et n’exprimait presque plus d’émotions.
Un stade jugé sans retour
On parle ici d’un stade dit avancé. À ce niveau, les médecins considèrent en général que ces pertes sont définitives. Le cerveau est abîmé, et l’on s’attend à un déclin qui se poursuit. C’est tout l’intérêt de ce cas : il vient bousculer cette idée.
Ce qui est revenu, heure par heure
Dix-neuf heures après l’intervention, vers 3h30 du matin, la patiente s’est réveillée d’elle-même. Et elle a parlé. Pendant près de quatre heures, elle a raconté des morceaux de sa vie. La veille encore, elle s’en tenait à un ou deux mots.
Les jours suivants, d’autres capacités sont réapparues :
- Elle a reconnu les membres de sa famille ;
- Elle s’est remise à marcher seule, puis à s’habiller seule ;
- Ses couches sont restées sèches, y compris la nuit ;
- Elle a recommencé à regarder les gens dans les yeux et à sourire.
Vers le sixième jour, elle a même demandé où était passé un proche (“Où est passé Celso ?”), preuve que sa mémoire immédiate refonctionnait. Ces progrès ont tenu plusieurs semaines.
La question que tout le monde se pose : qu’est-ce qu’on lui a donné ?
Une dose unique de 5 grammes de champignons à psilocybine, avalés par la bouche (variété Enigma). Oui : ce que l’on appelle les champignons hallucinogènes, ou champignons magiques. Le cas vient d’une équipe médicale brésilienne, à São Paulo.
Comment agit cette substance
La psilocybine est une substance psychoactive. Une fois avalée, le corps la transforme en psilocine, qui agit surtout sur la sérotonine, un messager chimique du cerveau. On l’étudie déjà contre la dépression qui résiste aux traitements, les TOC, ou la dépendance à l’alcool et au tabac.
Un mois plus tard, les médecins ont refait une séance encadrée, avec 3 grammes cette fois. La patiente parlait davantage et plaisantait. Elle a décrit un souvenir agréable : du surf avec son fils, sur une île paisible. Puis elle a lâché, d’elle-même : “C’est agréable de venir ici.”
Pourquoi ça pourrait marcher
La psilocybine rebat, pour un temps, les grands réseaux de communication du cerveau. Chez l’animal, elle pousse aussi les neurones à fabriquer de nouvelles connexions, ce que les scientifiques nomment la plasticité.
L’hypothèse des auteurs est simple à saisir. Les capacités de la patiente n’étaient peut-être pas totalement détruites, seulement hors d’atteinte. La molécule aurait rouvert l’accès, le temps de quelques semaines. En clair : le cerveau garderait des réserves, même à un stade avancé.
Attention : ce n’est qu’une piste. Les auteurs le répètent eux-mêmes.
Pourquoi il faut garder la tête froide
Avant de parler de miracle, plusieurs limites, et elles pèsent lourd.
Ce que ce travail ne prouve pas :
- Il s’agit d’un seul cas, pas d’un essai mené sur de nombreux patients ;
- Les effets étaient temporaires : la maladie n’a été ni guérie ni inversée ;
- Aucune imagerie du cerveau, aucun test cognitif standardisé ni enregistrement du sommeil n’ont confirmé les observations ;
- Le diagnostic d’Alzheimer lui-même n’a pas été validé par des marqueurs biologiques (d’autres causes restent possibles).
Le lien de cause à effet n’est donc pas établi. Les hauts et les bas naturels de la maladie ne peuvent pas être écartés.
La prudence sur les doses
La quantité utilisée était élevée par rapport aux essais cliniques actuels. Pendant les premières heures, la patiente a beaucoup transpiré, a probablement fait de la fièvre, et a sombré dans un sommeil très profond. Aucun effet indésirable grave et durable n’a été rapporté pendant le suivi. Mais les auteurs préviennent : “il n’existe actuellement aucun protocole posologique établi pour la psilocybine” dans les démences avancées.
Un dernier rappel, utile : en France, la psilocybine est interdite. Ce récit n’est pas un mode d’emploi, et l’automédication serait dangereuse.
La vraie suite, ce sont des études encadrées, sur plusieurs patients. Pour l’instant, on tient une question sérieuse à creuser, pas un traitement.
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Sources éditoriales et fact-checking