Le diabète est souvent résumé à un problème de glycémie. Trop de sucre dans le sang, une piqûre d’insuline ou un comprimé, et on passe à autre chose.
Sauf que le cerveau, lui, n’oublie rien.
Une étude de grande ampleur vient d’être présentée au 28e Congrès européen d’endocrinologie à Prague. Les chercheurs du Kyung Hee University Hospital at Gangdong et du Samsung Medical Center ont analysé les données de plus de 1,3 million d’adultes sud-coréens âgés de 40 ans et plus, sans diagnostic de démence au départ. Leur suivi a duré de 2013 à 2024.
L’objectif : comparer le risque de développer une démence selon le type de diabète et le traitement suivi.
Et les résultats remettent en question pas mal d’idées reçues.

Table des matières
Tous les diabètes ne se valent pas
C’est le constat central de cette recherche publiée dans la revue Diabetes, Obesity and Metabolism(1). Les participants ont été classés en quatre groupes :
- Pas de diabète ;
- Diabète de type 2 traité par médicaments oraux (comprimés) ;
- Diabète de type 2 traité par insuline (injections) ;
- Diabète de type 1.
Pour ceux qui ne connaissent pas la différence : le diabète de type 2 est le plus fréquent (environ 90 % des cas). Il apparaît souvent avec l’âge, le surpoids ou la sédentarité. Le corps produit encore de l’insuline mais ne l’utilise plus correctement. Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune, le plus souvent diagnostiquée jeune : le pancréas ne fabrique plus du tout d’insuline.
En clair : les deux maladies portent le même nom, mais leur fonctionnement est très différent.
Ce que l’étude a trouvé
Les chercheurs ont mesuré le nombre de cas de démence pour 1 000 personnes par an dans chaque groupe. Voici les chiffres :
- Personnes sans diabète : 4,3 cas pour 1 000 par an ;
- Diabète de type 2 sous comprimés : 12,7 cas ;
- Diabète de type 2 sous insuline : 17,9 cas ;
- Diabète de type 1 : 21,1 cas.
Autrement dit : le risque n’est pas du tout le même selon le profil.
Les chiffres qui font réfléchir
Après ajustement des données (âge, mode de vie, antécédents médicaux…), les résultats sont encore plus nets.
Par rapport aux personnes sans diabète :
- Les diabétiques de type 2 sous comprimés avaient un risque de démence multiplié par 1,29 ;
- Les diabétiques de type 2 sous insuline avaient un risque multiplié par 2,14 ;
- Les diabétiques de type 1 avaient un risque multiplié par 2,35.
En clair : les personnes qui dépendent de l’insuline (que ce soit en type 1 ou en type 2 avancé) ont plus de deux fois plus de risques de développer une démence que les personnes non diabétiques.
Ces tendances se retrouvent aussi bien pour la maladie d’Alzheimer que pour la démence vasculaire (celle qui est liée à des problèmes de circulation sanguine dans le cerveau).
Pourquoi l’insuline est au coeur du problème
Le Professeur Ji Eun Jun, auteure principale de l’étude, avance une piste d’explication. Les patients sous insuline sont plus exposés aux hypoglycémies (des chutes brutales du taux de sucre dans le sang). Ces épisodes peuvent endommager le cerveau sur le long terme.
L’autre facteur : la variabilité glycémique. En clair, ce ne sont pas seulement les pics de sucre qui posent problème. Ce sont les montagnes russes, les alternances entre trop haut et trop bas, qui fragilisent les neurones.
Le glucose est le carburant principal du cerveau. Quand son apport devient instable, le cerveau souffre. Et sur plusieurs années, ces micro-dommages s’accumulent.
Ce que ça change par rapport aux études précédentes
La plupart des recherches sur diabète et démence se concentraient jusqu’ici sur le diabète de type 2. Le type 1 était peu étudié, faute de populations suffisamment grandes. Cette étude est l’une des premières à comparer directement les trois profils (type 2 sous comprimés, type 2 sous insuline et type 1) au sein d’une même cohorte nationale.
Le résultat clé : les patients sous insuline (type 1 et type 2) présentent un risque comparable entre eux, mais nettement supérieur aux diabétiques de type 2 sous comprimés seuls.
Ce que ça implique pour la suite
Le Professeur Jun le dit clairement : le diabète ne devrait plus être considéré uniquement comme une maladie métabolique. C’est aussi un facteur de risque pour la santé du cerveau.
Son équipe prévoit des études complémentaires pour déterminer si la stabilisation de la glycémie (par exemple via un monitoring continu du glucose) pourrait réduire le risque de démence chez ces patients.
En attendant, une chose est certaine : les diabétiques sous insuline auraient tout intérêt à bénéficier d’un suivi cognitif régulier, en plus de leur suivi métabolique habituel.
Ce qu’il faut retenir
- Le diabète augmente le risque de démence, mais pas de manière uniforme ;
- Les patients sous insuline (type 1 et type 2 insulino-traité) ont un risque plus de deux fois supérieur aux non-diabétiques ;
- Les hypoglycémies répétées et l’instabilité glycémique sont des pistes d’explication ;
- Un suivi cognitif précoce pourrait aider à mieux protéger ces patients.
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Sources éditoriales et fact-checking