Détecter un diabète sans prise de sang. Depuis chez soi. Avec un mètre ruban, une balance et un tensiomètre.
Dit comme ça, on passe pour un charlatan. Pourtant, c’est exactement ce que propose une équipe de chercheurs danois et italiens dans une étude publiée dans Journal of Clinical Epidemiology(1). Leur outil en ligne se base sur sept mesures simples pour estimer le risque de diabète de type 2 ou de prédiabète.
Six de ces mesures sont classiques. La septième, personne ne l’aurait devinée. Et c’est elle qui a surpris même les chercheurs.

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Le diabète invisible
Le diabète de type 2, c’est la forme la plus courante. Elle représente 80 % des cas. Son principal danger : il avance sans symptômes.
Au Danemark, environ 100 000 personnes vivent avec un diabète non diagnostiqué. 500 000 autres seraient en prédiabète, c’est-à-dire au stade juste avant la maladie, celui où de simples changements d’hygiène de vie suffisent encore à tout corriger.
Le diagnostic est pourtant simple : une prise de sang. Mais si on ne soupçonne rien, on ne va pas la faire. Et pendant ce temps, la maladie progresse en silence vers des complications lourdes : maladies cardiovasculaires, insuffisance rénale, perte de vision.
Rien qu’aux États-Unis, le diabète coûte 412 milliards de dollars par an. Près d’un tiers des adultes américains avec un taux de sucre élevé dans le sang ne sont pas diagnostiqués.
Un outil gratuit, construit sur 30 ans de données
C’est là qu’entre en jeu MEDWACS. Derrière cet acronyme (Machineborne Early Diabetic Warning And Control System), un outil en ligne gratuit développé par Daniel Yoo, chercheur postdoctoral à l’Université Technique du Danemark (DTU), en collaboration avec le Pr Olivier Jolliet (DTU) et le Dr Umberto Maggiore, néphrologue italien.
Pour le construire, l’équipe a entraîné un réseau de neurones (un type d’intelligence artificielle) sur les données de l’enquête nationale de santé américaine NHANES, qui suit la population depuis 1988. 17 458 participants. Près de 3 700 paramètres de santé analysés.
Sur ces 3 700 paramètres, l’algorithme n’en a retenu que sept. Tous mesurables chez soi.
Sept mesures, pas une de plus
Voici les sept paramètres retenus par MEDWACS :
- L’âge ;
- Le tour de taille ;
- La pression artérielle systolique (le premier chiffre quand on prend sa tension) ;
- Le sexe ;
- Le tour de bras ;
- L’IMC (le poids en kg divisé par la taille en mètres, au carré) ;
- La longueur de la cuisse.
L’âge, le tour de taille, l’IMC : ce sont des facteurs de risque connus depuis longtemps. On les retrouve dans la plupart des outils de dépistage existants.
Mais la longueur de la cuisse ? Même les chercheurs ne s’y attendaient pas.
L’outil fonctionne-t-il vraiment ?
Avant de comprendre pourquoi la cuisse joue un rôle, une question s’impose : est-ce que ça marche ?
L’outil a été testé sur deux populations qui n’avaient pas servi à le construire :
- 3 043 Américains (données NHANES 2021-2023) ;
- 5 492 Sud-Coréens (données KNHANES 2023).
Le score de précision (appelé ROCAUC, où 1 correspond à un test parfait et 0,5 au pur hasard) atteint 0,773 pour la population américaine et 0,780 pour la population sud-coréenne. En validation interne, le score monte à 0,804.
Pour un outil sans prise de sang ni analyse en laboratoire, ces résultats sont au niveau, voire au-dessus, des recommandations de dépistage actuelles de l’Association Américaine du Diabète (ADA) et du groupe de travail américain sur la prévention (USPSTF).
En clair : selon l’analyse des chercheurs, MEDWACS fait au moins aussi bien que les protocoles de dépistage officiels pour repérer les personnes à risque. Et il fonctionne sur des populations aux profils très différents (américaine et asiatique).
Pourquoi la cuisse ? La réponse est double
C’est le Dr Maggiore, néphrologue et co-auteur de l’étude, qui fournit l’explication.
Un os qui porte les traces de l’enfance
La longueur du fémur (l’os de la cuisse) reflète la qualité de la nutrition reçue pendant les premières années de vie. Une alimentation insuffisante dans la petite enfance freine la croissance osseuse. Cette trace reste inscrite dans le squelette pour toujours.
Le lien avec le diabète est établi par des décennies de recherche. Les scientifiques parlent de l’hypothèse des “origines développementales” : les conditions de croissance pendant l’enfance programment en partie le métabolisme pour le reste de la vie.
Un fémur plus court peut signaler un terrain métabolique plus fragile, hérité de conditions de nutrition dans les cinq premières années.
Le plus grand muscle du corps face au sucre
L’autre explication est plus directe. Les muscles des cuisses forment le plus grand groupe musculaire du corps humain. Leur fonction : capter le glucose (le sucre) dans le sang et le transformer en énergie.
Des jambes plus courtes signifient en moyenne moins de masse musculaire. Moins de muscles pour absorber le sucre sanguin. Et donc plus de sucre qui reste dans la circulation sanguine, ce qui est le mécanisme de base du diabète de type 2.
Comme le résume le Dr Maggiore : “La longueur du fémur témoigne de la nutrition dans la petite enfance. Une mauvaise nutrition dans les premières années de vie freine légèrement la croissance osseuse et est étroitement liée à un risque accru de diabète des décennies plus tard. De plus, le plus grand groupe musculaire du corps se trouve dans les cuisses, et ces muscles sont responsables de l’élimination du sucre dans le sang. Des jambes plus courtes signifient qu’une personne a moins de masse musculaire pour absorber ce sucre, ce qui augmente le risque de diabète.”
Ce que MEDWACS ne remplace pas
MEDWACS ne pose pas de diagnostic. Aucun outil en ligne ne remplace une prise de sang et un avis médical.
L’outil fait du triage. Il identifie les personnes qui auraient intérêt à consulter, plutôt que de rester dans l’ignorance. Daniel Yoo, concepteur principal de MEDWACS, résume la démarche : “Le diabète de type 2 est facile à diagnostiquer avec une prise de sang. Mais si on ne soupçonne pas qu’on l’a, on ne va pas chez le médecin pour en faire une. Un test en ligne à domicile peut encourager les gens à consulter.”
Et maintenant ?
L’outil est déjà accessible en ligne et gratuit. Mais il a été validé uniquement sur des populations américaines et sud-coréennes. La prochaine étape : une validation sur des données européennes.
“Quand MEDWACS fonctionne aussi bien sur des populations aussi différentes que l’américaine et la sud-coréenne, on est confiants qu’il pourra aussi fonctionner ailleurs. Mais c’est quelque chose qu’il faudra tester pour en être certains”, précise Yoo.
Tanja Thybo, responsable recherche à l’Association Danoise du Diabète, suit le développement de près : “Il reste 100 000 Danois qui vivent avec un diabète non diagnostiqué. C’est pourquoi toute recherche qui peut nous aider à les trouver est la bienvenue.”
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Sources éditoriales et fact-checking
