Courir est bon pour le cœur. Nager aussi. Jusque-là, rien de nouveau. Ces deux activités améliorent la capacité respiratoire, renforcent le muscle cardiaque et réduisent le risque de maladies cardiovasculaires. On le sait, on le répète, on le lit partout.
Mais une question restait en suspens. Est-ce que l’une de ces deux disciplines fait mieux que l’autre ? Pas en termes de calories brûlées ou de muscles sollicités. Non. Au niveau du cœur lui-même. De sa structure. De sa force de contraction.
Une équipe de chercheurs brésiliens vient d’apporter une réponse. Et elle risque de surprendre.

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Ce que l’étude a mesuré (et comment)
L’étude a été menée à l’Université fédérale de São Paulo (UNIFESP) et publiée dans la revue Scientific Reports(1). Les chercheurs ont travaillé sur des rats mâles Wistar, répartis en trois groupes : un groupe sédentaire, un groupe entraîné à la course sur tapis roulant et un groupe entraîné à la natation.
Le protocole était le même pour les deux groupes actifs :
- Cinq séances par semaine ;
- 60 minutes par séance ;
- Pendant huit semaines ;
- À une intensité d’environ 75 % du VO2max (c’est-à-dire la consommation maximale d’oxygène, un indicateur de la capacité du corps à utiliser l’oxygène pendant l’effort).
En clair : les deux groupes ont fourni un effort comparable. Pas la même activité, mais la même intensité relative.
Des résultats identiques… en apparence
Premier constat : la course et la natation ont amélioré la condition physique de manière similaire. Le VO2max a augmenté de plus de 5 % dans les deux groupes entraînés. L’activité de la citrate synthase (un marqueur de la capacité oxydative des muscles, autrement dit de leur aptitude à produire de l’énergie avec l’oxygène) a également progressé de façon équivalente.
Jusque-là, match nul.
Mais les choses changent quand on regarde le cœur de plus près.
Ce qui se passe vraiment à l’intérieur du cœur
Seul le groupe natation a montré des modifications structurelles significatives du cœur. Concrètement :
- La masse cardiaque totale a augmenté ;
- La masse du ventricule gauche (la partie du cœur qui envoie le sang oxygéné dans tout le corps) a également augmenté ;
- Les cellules du muscle cardiaque (les cardiomyocytes) étaient plus larges ;
- Le volume des noyaux cellulaires était plus important.
Le groupe course ? Ses résultats sur ces paramètres étaient comparables à ceux du groupe sédentaire.
En clair : courir a amélioré l’endurance, mais n’a pas modifié la structure du cœur. Nager a fait les deux.
Un cœur plus fort, pas seulement plus gros
Un cœur plus volumineux, c’est une chose. Encore faut-il qu’il se contracte mieux. Les chercheurs ont isolé des muscles papillaires (de petits muscles à l’intérieur du ventricule qui participent au bon fonctionnement des valves cardiaques) pour mesurer la force de contraction du myocarde.
Résultat : le groupe natation développait significativement plus de force que les deux autres groupes. La vitesse de contraction et la vitesse de relaxation du muscle cardiaque étaient elles aussi supérieures chez les nageurs.
Le groupe course avait un léger avantage sur la vitesse de contraction par rapport au groupe sédentaire, mais rien de comparable à ce qu’on observait chez les nageurs.
Les mécanismes moléculaires en jeu
C’est ici que l’étude va plus loin que les travaux précédents. Les chercheurs ont analysé les microARN, de petites molécules qui régulent l’expression des gènes (c’est-à-dire qu’elles activent ou désactivent la fabrication de certaines protéines dans les cellules).
La natation a provoqué une augmentation plus marquée de cinq microARN spécifiques (miR-1, miR-21, miR-27a, miR-124 et miR-144) par rapport à la course. Ces molécules jouent un rôle dans :
- La croissance des cellules cardiaques ;
- La formation de nouveaux vaisseaux sanguins (angiogenèse) ;
- La protection contre la mort cellulaire ;
- La régulation de la contraction du cœur ;
- La réponse au stress oxydatif (les dommages causés aux cellules par les radicaux libres).
Au niveau des voies de signalisation (les chaînes de réactions chimiques qui transmettent un message à l’intérieur de la cellule), la natation a activé plus fortement la voie PTEN-AKT-S6K1. Cette voie est connue pour favoriser la croissance saine du cœur, celle qu’on appelle hypertrophie physiologique, par opposition à l’hypertrophie pathologique qu’on observe dans l’insuffisance cardiaque.
Ce qu’il faut retenir sur le plan moléculaire
- La natation diminue l’expression de PTEN (un frein à la croissance cellulaire), ce que la course ne fait pas ;
- Elle augmente la phosphorylation d’AKT (un activateur de la synthèse des protéines dans les cellules du cœur) ;
- Elle active S6K1 (une protéine impliquée dans la fabrication de nouvelles protéines musculaires).
En clair : la natation envoie un signal moléculaire plus puissant au cœur pour qu’il se renforce.
Pourquoi cette différence entre nager et courir ?
L’étude ne donne pas de réponse définitive, mais les chercheurs avancent plusieurs hypothèses.
La natation implique une position horizontale. Le retour veineux (le sang qui revient vers le cœur) est facilité par la pression de l’eau sur le corps. Le cœur reçoit donc plus de sang à chaque battement et doit pomper un volume plus important. Ce phénomène, appelé surcharge de volume, favorise une hypertrophie de type excentrique : le cœur s’agrandit en augmentant le volume de ses cavités.
La course, elle, se fait en position verticale. La gravité s’oppose au retour veineux. Le cœur travaille différemment : il subit davantage une surcharge de pression qu’une surcharge de volume.
Autre facteur : l’immersion dans l’eau stimule le système nerveux parasympathique (la branche du système nerveux qui ralentit le cœur et favorise la récupération). Ce n’est pas le cas de la course.
Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)
Il faut le rappeler : cette étude a été menée sur des rats, pas sur des humains. On ne peut pas transposer directement ces résultats. Les rats sont des animaux quadrupèdes. La course et la natation sollicitent leurs membres de façon plus similaire que chez l’être humain.
Andrey Jorge Serra, le coordinateur de l’étude, le dit lui-même : le choix d’un sport dépend avant tout des préférences personnelles, des aptitudes et du plaisir ressenti. Courir reste excellent pour la santé cardiovasculaire.
Mais ces résultats ouvrent des pistes dans un domaine précis : la rééducation cardiaque. Pour les personnes en phase de récupération après un problème cardiaque, la natation pourrait offrir un bénéfice supplémentaire.
L’autre apport de cette étude est scientifique. Beaucoup de travaux sur l’exercice aérobie utilisent la course et la natation de manière interchangeable, comme si les deux produisaient les mêmes effets. Les auteurs montrent que ce n’est pas le cas, au moins au niveau moléculaire.
Le point essentiel
Ce n’est pas que la course est mauvaise. C’est que la natation semble aller un cran plus loin pour le muscle cardiaque. Plus de croissance cellulaire, plus de force de contraction, plus de signaux moléculaires protecteurs.
Pour celles et ceux qui hésitent encore entre les deux, ou qui cherchent à varier leur entraînement cardio, cette étude donne un argument de plus en faveur de quelques longueurs de bassin.
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Sources éditoriales et fact-checking