La maladie d’Alzheimer est une pathologie neurodégénérative incurable à l’heure actuelle, caractérisée par une perte progressive des fonctions cognitives et de la mémoire. Elle touche plus de 35 millions de personnes dans le monde, dont 1 million en France. Malgré les importants efforts de recherche, aucun traitement curatif n’a encore été mis au point.
Récemment, une équipe de chercheurs anglais a mené une vaste étude observationnelle portant sur plusieurs centaines de milliers d’hommes souffrant de dysfonction érectile. Leurs résultats, publiés dans la revue Neuroly(1), suggèrent que la prise de médicaments inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (IPDE-5) comme le citrate de sildénafil (Viagra) serait associée à une réduction de 18 % du risque de développer la maladie d’Alzheimer.

Le citrate de sildénafil (Viagra) : un médicament aux multiples facettes
Le citrate de sildénafil, plus connu sous son nom commercial Viagra, est un médicament initialement développé et commercialisé par le laboratoire Pfizer à la fin des années 1990 pour le traitement des troubles de l’érection ou dysfonction érectile.
Son mécanisme d’action consiste en l’inhibition de l’enzyme IPDE-5, entraînant une relaxation des muscles lisses des corps caverneux du pénis et une augmentation de l’afflux sanguin. Pris une heure avant le rapport sexuel, le Viagra permet d’obtenir et de maintenir une érection convenable dans la plupart des cas.
Grâce à son efficacité et à sa relative innocuité, le Viagra s’est imposé comme le traitement de référence de la dysfonction érectile.
Mais au-delà du trouble pour lequel il a été initialement développé, le sildénafil a également montré des effets bénéfiques dans diverses autres pathologies, ouvrant la voie à de possibles repositionnements thérapeutiques : hypertension artérielle pulmonaire, maladie de Raynaud, troubles cognitifs vasculaires…
C’est dans cette optique que des chercheurs de la Case Western Reserve University de Cleveland ont eu l’idée d’étudier le lien potentiel entre la prise de Viagra et le risque de survenue de la maladie d’Alzheimer. Leurs résultats ont de quoi susciter un immense espoir.
Méthodologie de l’étude observationnelle
L’équipe du Dr Tanisha G. Hill-Jarrett a mené une étude observationnelle rétrospective portant sur une cohorte de 269 725 adultes âgés en moyenne de 67 ans et souffrant de dysfonction érectile. Ces derniers ont été suivis en moyenne pendant 5 ans.
Parmi eux, 148 763 (55 %) avaient reçu au moins une prescription d’inhibiteurs IPDE-5 (Viagra et autres médicaments similaires) tandis que 120 962 restants (45 %) ne suivaient aucun traitement.
L’objectif était de comparer l’incidence de la maladie d’Alzheimer cliniquement diagnostiquée au cours du suivi entre le groupe traité et non traité, en prenant en compte certains facteurs de confusion potentiels.
Résultats : 18 % de risque en moins de développer Alzheimer
Au total, 1 119 participants (0,4 %) ont développé la maladie d’Alzheimer au cours des 5 années de suivi. Dans le groupe traité par inhibiteurs, l’incidence était de 0,3 % contre 0,6 % dans le groupe non traité.
Après ajustement sur l’âge et d’autres covariables, les patients sous Viagra ou équivalent présentaient une réduction de 18 % du risque de recevoir un diagnostic de maladie d’Alzheimer par rapport aux patients non traités.
Le risque était encore plus faible chez les hommes qui avaient le plus d’ordonnances pour ces médicaments : 44 % de risque en moins pour ceux avec 21 à 50 ordonnances, et 35 % de risque en moins pour ceux avec plus de 50 ordonnances.
Ces résultats suggèrent un effet dose-dépendant de cette molécule sur la réduction du risque de démence, renforçant l’hypothèse d’un lien de causalité.
Mécanismes : effet neuroprotecteur des inhibiteurs de la IPDE-5
Bien que l’étude soit observationnelle, plusieurs mécanismes biologiques plausibles ont été avancés pour expliquer cet effet protecteur contre la maladie d’Alzheimer.
Tout d’abord, il a été démontré(2) que le sildénafil peut augmenter les niveaux de cGMP (guanosine monophosphate cyclique) dans le cerveau. Or le cGMP joue un rôle clé dans la plasticité synaptique et la consolidation de la mémoire.
De plus, le cGMP active la protéine kinase G (PKG) qui stimule à son tour la croissance des neurones via le facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF). Le BDNF étant un acteur majeur de la neurogenèse et de la survie neuronale.
Enfin, la IPDE-5 étant présente en grande quantité dans les vaisseaux sanguins, son inhibition par le sildénafil entraîne une vasodilatation et une amélioration de la perfusion sanguine cérébrale ; un élément crucial pour préserver les fonctions cognitives.
L’ensemble de ces mécanismes concourent à l’effet neuroprotecteur des inhibiteurs de la IPDE-5 mis en évidence dans cette étude. Des recherches plus poussées sont néanmoins nécessaires pour mieux comprendre les interactions biochimiques en jeu.
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Sources éditoriales et fact-checking