Les reins. Deux organes discrets, planqués dans le bas du dos. La plupart des gens n’y pensent jamais. Et c’est bien le problème.
Une étude publiée dans The Lancet(1) vient de livrer des chiffres qui font froid dans le dos. Le nombre de personnes atteintes d’insuffisance rénale chronique (IRC) a plus que doublé en 33 ans. En 1990, on comptait 378 millions de cas. En 2023, ce chiffre grimpe à 788 millions.
Presque 800 millions d’adultes dans le monde vivent avec des reins qui ne fonctionnent plus correctement. Et le pire dans tout ça, c’est que la majorité ne le sait même pas.

Table des matières
Ce que font les reins (et ce qui se passe quand ils lâchent)
Les reins filtrent le sang. Ils éliminent les déchets, régulent les niveaux de sel, d’eau et de minéraux, et produisent des hormones essentielles pour la pression artérielle et la fabrication des globules rouges.
Quand ils dysfonctionnent, les toxines s’accumulent dans le corps. La maladie progresse lentement, souvent sans aucun symptôme pendant des années. Pas de douleur. Pas de signal d’alarme. Rien.
Et quand les reins perdent plus de 85 % de leur capacité, il ne reste que deux options : la dialyse ou la greffe. En clair : on branche la personne à une machine plusieurs fois par semaine pour nettoyer son sang, ou on lui transplante un rein sain.
En France, environ 3 millions de personnes souffrent d’une altération de la fonction rénale. Parmi elles, plus de 90 000 sont au stade terminal, celui qui nécessite un traitement de suppléance.
La 9e cause de décès dans le monde
L’étude du Lancet s’appuie sur le Global Burden of Disease (GBD) 2023, un programme épidémiologique qui couvre 204 pays et 2 230 sources de données. C’est l’analyse la plus complète jamais réalisée sur le sujet.
Les résultats sont clairs :
- L’IRC a tué 1,5 million de personnes en 2023, ce qui en fait la 9e cause de mortalité mondiale ;
- Le taux de mortalité standardisé est passé de 24,9 pour 100 000 en 1990 à 26,5 pour 100 000 en 2023 ;
- Elle est la 12e cause d’invalidité au niveau mondial ;
- Les dysfonctions rénales sont responsables de 12 % des décès cardiovasculaires dans le monde.
Ce dernier point est capital. L’insuffisance rénale n’est pas seulement une maladie des reins. C’est un facteur de risque majeur pour le coeur. La majorité des patients atteints d’IRC développent un problème cardiovasculaire avant même d’arriver au stade terminal de la maladie rénale.
Pourquoi cette explosion des cas
La réponse tient en trois mots : diabète, obésité et hypertension.
Ce sont les trois principaux facteurs de risque identifiés par l’étude. Et les trois sont en augmentation constante depuis des décennies dans la quasi-totalité des pays du monde. Le vieillissement de la population et une alimentation trop riche en sel aggravent encore la situation.
En clair : les habitudes alimentaires modernes, la sédentarité et le surpoids détruisent progressivement les reins de centaines de millions de personnes. Sans que personne ne s’en rende compte.
Les pays les plus touchés
La Chine arrive en tête avec 152 millions de cas. L’Inde suit avec 138 millions. Plus de 14 pays dépassent les 10 millions de malades, parmi lesquels les Etats-Unis, le Japon, la Russie, le Brésil, le Mexique, le Nigeria et le Pakistan.
Les régions où la prévalence est la plus élevée sont :
- L’Afrique du Nord et le Moyen-Orient (18 % des adultes de plus de 20 ans) ;
- L’Asie du Sud (15,8 %) ;
- L’Afrique subsaharienne (15,6 %) ;
- L’Amérique latine et les Caraïbes (15,4 %).
En moyenne mondiale, 14,2 % des adultes de plus de 20 ans sont atteints d’IRC. Soit environ un adulte sur sept.
Une maladie négligée par les pouvoirs publics
C’est le point le plus préoccupant de cette étude. La mortalité liée à l’IRC augmente, alors que celle des autres grandes maladies non transmissibles (maladies cardiovasculaires, cancers, diabète) diminue ou se stabilise. L’insuffisance rénale fait partie des rares causes majeures de décès encore en progression.
Le Dr Theo Vos, auteur principal de l’étude et professeur émérite à l’Institute for Health Metrics and Evaluation (Université de Washington), résume la situation : l’IRC est à la fois un facteur de risque majeur pour d’autres maladies et un fardeau considérable en soi, mais elle reçoit beaucoup moins d’attention politique que d’autres maladies non transmissibles. Et cette inégalité frappe le plus durement les régions déjà confrontées aux plus grandes disparités sanitaires.
Ce qui pourrait changer la donne
La bonne nouvelle, c’est que la majorité des personnes atteintes d’IRC sont encore à un stade précoce (stades 1 à 3). A ce stade, la maladie peut être ralentie, voire stabilisée, avec des mesures simples : contrôle de la glycémie, gestion de la pression artérielle, modification de l’alimentation.
Le dépistage, lui aussi, est simple. Une prise de sang et une analyse d’urine suffisent pour évaluer la fonction rénale. Mais encore faut-il que ce dépistage soit proposé, notamment aux populations à risque : les diabétiques, les hypertendus, les personnes en surpoids et celles de plus de 60 ans.
Les auteurs de l’étude appellent les gouvernements à agir sur plusieurs leviers :
- Améliorer le dépistage précoce de l’IRC et de l’hypertension ;
- Promouvoir une alimentation moins salée et plus riche en fruits et légumes ;
- Rendre les traitements de base (contrôle de la glycémie et de la tension) accessibles partout dans le monde.
Sans action rapide, les projections sont sombres. D’ici 2050, l’IRC pourrait devenir la 5e cause de décès dans le monde.
Résumé en image

Sur le même sujet
Sources éditoriales et fact-checking