Pain blanc, corn flakes, riz soufflé. Des aliments banals. Présents dans la plupart des cuisines. Consommés chaque matin sans y réfléchir.
Et si ces glucides du quotidien avaient un lien avec le cancer du poumon ?
Une étude publiée dans la revue Annals of Family Medicine(1) vient de bousculer ce que l’on croyait savoir sur les facteurs de risque de cette maladie. Les chercheurs ont suivi plus de 101 000 adultes pendant 12 ans. Leur conclusion est nette : le type de glucides consommés pourrait peser dans la balance. Mais pas de la manière que l’on imagine.

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Un suivi de 101 732 personnes pendant 12 ans
L’équipe de Jinping Wang et Kanran Wang (Chongqing University Cancer Hospital, Chine) a exploité les données du PLCO Cancer Screening Trial, une vaste cohorte du National Cancer Institute américain. Les participants, âgés de 55 à 74 ans, avaient rempli un questionnaire alimentaire détaillé entre 1993 et 2001.
Au cours d’un suivi médian de 12,2 ans (soit 1 213 533 personnes-années), 1 706 cas de cancer du poumon ont été diagnostiqués. Parmi eux, 86,3 % de cancers bronchiques non à petites cellules (la forme la plus fréquente) et 13,7 % de cancers à petites cellules.
Objectif des chercheurs : déterminer si la qualité des glucides consommés (mesurée par l’index glycémique) et leur quantité (mesurée par la charge glycémique) avaient un impact sur le risque de développer un cancer pulmonaire.
Index glycémique et charge glycémique : deux mesures, deux résultats opposés
Avant d’aller plus loin, une mise au point s’impose. Ces deux notions sont souvent confondues, alors qu’elles mesurent des choses très différentes.
L’index glycémique (IG) classe les aliments selon la vitesse à laquelle ils font monter la glycémie (le taux de sucre dans le sang). Un aliment à IG élevé, comme le pain blanc ou les céréales soufflées, provoque un pic rapide. Un aliment à IG bas, comme les lentilles ou les flocons d’avoine, fait monter la glycémie lentement.
La charge glycémique (CG), elle, prend aussi en compte la quantité de glucides réellement consommée dans une portion. En clair : manger une tranche de pain blanc (IG élevé, mais peu de glucides au total) donne une charge glycémique différente de manger un gros plat de pâtes complètes (IG plus bas, mais beaucoup de glucides).
Et c’est là que l’étude devient surprenante.
Le résultat auquel personne ne s’attendait
Les participants ayant les régimes à l’index glycémique le plus élevé avaient un risque de cancer du poumon environ 13 % supérieur à ceux ayant les régimes à l’IG le plus bas. Ce surrisque concerne les deux types de cancers pulmonaires, petites cellules et non à petites cellules.
En revanche, surprise : les personnes ayant la charge glycémique la plus élevée avaient un risque de cancer du poumon environ 28 % inférieur à celles avec la charge glycémique la plus basse. Et cette association protectrice était surtout marquée pour les cancers non à petites cellules.
Autrement dit : ce n’est pas la quantité totale de glucides qui pose problème. C’est leur qualité.
Pourquoi l’index glycémique augmente le risque (et pas la quantité de glucides)
Comment expliquer ce paradoxe apparent ? La réponse se trouve dans les mécanismes biologiques déclenchés par les pics de glycémie.
Quand on mange des aliments à IG élevé, la glycémie grimpe en flèche. Le pancréas sécrète alors une grande quantité d’insuline pour faire redescendre ce taux. Ce phénomène, répété repas après repas pendant des années, crée un état d’hyperinsulinémie chronique (un excès permanent d’insuline dans le sang).
Le problème : l’insuline en excès ne se contente pas de réguler le sucre. Elle stimule aussi la production d’un facteur de croissance appelé IGF-1 (Insulin-like Growth Factor 1), qui favorise la prolifération cellulaire et inhibe l’apoptose (la mort programmée des cellules). En clair : les cellules se multiplient plus vite et meurent moins facilement. Exactement ce que fait une cellule cancéreuse.
Ce mécanisme est connu depuis des années pour le cancer colorectal et le cancer du sein. L’étude de Wang et al. suggère qu’il pourrait aussi concerner le poumon.
À l’inverse, une charge glycémique élevée n’entraîne pas forcément ces pics. Pourquoi ? Parce qu’une CG élevée peut venir de grandes quantités de glucides à IG bas (légumes, fruits, céréales complètes). Ces aliments libèrent le sucre progressivement. Pas de pic, pas de surproduction d’insuline, pas de cascade hormonale problématique.
Des résultats solides, mais pas une preuve absolue
Les résultats restaient cohérents dans toutes les analyses de sous-groupes : par âge, sexe, antécédents familiaux de cancer du poumon, indice de masse corporelle et statut tabagique. C’est un point important. Cela signifie que le lien observé ne s’explique pas simplement par le fait que les gros mangeurs de pain blanc seraient aussi des fumeurs, par exemple.
Les chercheurs ont ajusté leurs résultats en tenant compte du tabagisme, de la qualité globale du régime et d’autres facteurs de confusion potentiels.
Reste une limite de taille : il s’agit d’une étude observationnelle. Elle montre une association statistique, pas un lien de cause à effet direct. Les auteurs eux-mêmes soulignent que des études dans des populations plus diversifiées et des travaux mécanistiques supplémentaires sont nécessaires.
Concrètement, que faire ?
Personne ne dit qu’une tartine de pain blanc donne le cancer. Le surrisque observé est de 13 %, ce qui reste modéré. Le tabac reste, de très loin, le premier facteur de risque du cancer du poumon.
Mais cette étude s’ajoute à un ensemble croissant de preuves montrant que la qualité des glucides a des effets qui dépassent largement la gestion du poids ou du diabète.
Les régimes contenant moins d’aliments à index glycémique élevé et davantage de glucides de qualité (légumes, fruits, céréales complètes) pourraient être associés à un risque plus faible de cancer du poumon.
En pratique, les aliments à privilégier :
- Légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots secs) ;
- Céréales complètes non transformées (avoine, quinoa, pain complet au levain) ;
- Légumes et fruits entiers (avec la peau quand c’est possible) ;
- Pâtes cuites al dente (la cuisson prolongée augmente l’IG).
Et ceux à limiter :
- Pain blanc et viennoiseries industrielles ;
- Céréales soufflées et extrudées (corn flakes, riz soufflé) ;
- Riz blanc à cuisson rapide ;
- Pommes de terre en purée ou frites.
Le vrai message de cette étude n’est pas qu’il faut bannir les glucides. C’est qu’il faut choisir les bons.
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Sources éditoriales et fact-checking