Un essai randomisé en double aveugle, mené chez 240 adultes avec antécédents de polypes colorectaux, a testé une supplémentation en magnésium versus placebo pendant 12 semaines, en stratifiant selon une variante du gène TRPM7, clé de l’homéostasie du magnésium et du calcium(1). Résultat: chez les individus sans variante délétère de TRPM7, la supplémentation a augmenté deux bactéries intestinales, Carnobacterium maltaromaticum et Faecalibacterium prausnitzii, déjà impliquées dans la synthèse locale de vitamine D et l’inhibition de la carcinogenèse colorectale chez la souris.
Pourquoi TRPM7 compte
TRPM7 joue le rôle de « porte » cellulaire au magnésium; certaines variations génétiques modulent la réponse au supplément. Dans l’essai, l’effet bénéfique sur C. maltaromaticum et F. prausnitzii n’apparaissait que chez les porteurs d’une fonction TRPM7 adéquate; avec une variante missense, le magnésium réduisait parfois C. maltaromaticum, un signal qui n’a pas résisté à la correction pour comparaisons multiples. Traduction: même nutriment, effets différents selon le génotype.
Signal plus marqué chez les femmes
L’augmentation bactérienne liée au magnésium était surtout visible chez les participantes. Les auteurs évoquent un rôle d’œstrogènes dans la distribution intracellulaire du magnésium, sans conclure. Ici encore, le message est celui d’une sensibilité biologique variable, pas d’un « remède universel ».
Vitamine D locale, pas que sanguine
L’équipe avait déjà montré que le magnésium peut relever la vitamine D circulante quand elle est basse. Nouveau point: la supplémentation semble aussi stimuler des microbes capables de synthétiser de la vitamine D dans l’intestin, où elle agirait localement sur la muqueuse, indépendamment du sang. C’est une autre porte d’entrée vers la prévention des lésions précancéreuses.
Et alors ?
Dans un sous-groupe suivi par coloscopie (médiane 3,5 ans), une abondance élevée de F. prausnitzii dans la muqueuse rectale s’est associée à un risque presque triplé de nouveaux polypes, tandis qu’un niveau plus élevé de C. maltaromaticum suggérait une baisse du risque de polypes « dentelés » (association marginalement significative). Les auteurs restent prudents: effets dépendants du contexte (sexe, génotype), durée courte, résultats microbiens en abondance relative.
Ce qu’il faut retenir
L’ensemble suggère que, chez des personnes avec fonction TRPM7 adéquate, une supplémentation en magnésium peut enrichir des bactéries liées à une synthèse locale de vitamine D et à des mécanismes anti‑carcinogènes au niveau colorectal. Les chercheurs avancent l’idée d’une prévention « de précision »: identifier qui bénéficierait le plus selon le profil génétique et biologique. Ce n’est pas encore une recommandation grand public, mais une piste solide pour personnaliser la prévention.
Sur le même sujet
Sources éditoriales et fact-checking