Tu manges des pommes pour ton transit. Des bananes pour la même raison. Sauf qu’une seule des deux fait réellement le job.
Ce n’est pas une question de quantité. Ni de marque bio ou pas bio. Ni de maturité.
C’est une question de type de fibre. Et jusqu’ici, personne, ou presque, n’avait pris la peine de l’expliquer clairement.
Une équipe australienne vient de publier une étude qui remet en cause la façon dont on classe les fibres alimentaires depuis des décennies. Et leurs conclusions vont probablement changer la manière dont tu remplis ton assiette.
Avant de te dire ce qu’il faut manger et pour quel effet précis, remontons deux secondes en arrière.

Le problème du “mangez des fibres”
Depuis que tu es petit, on te répète la même chose. Mange des fibres. C’est bon pour toi. Sauf qu’on ne t’a jamais expliqué lesquelles, ni pour quoi faire exactement.
Le classement actuel repose sur deux catégories : les fibres solubles et les fibres insolubles. C’est simple. Les premières se dissolvent dans l’eau, les secondes non.
Problème : ce classement est si large qu’il ne veut presque plus rien dire sur le plan santé.
Voici ce que disaient les règles jusqu’à présent :
- Fibre soluble égale fermentation intestinale, baisse du cholestérol, régulation du sucre sanguin ;
- Fibre insoluble égale transit régulier, rien de plus.
Sauf que dans la réalité, certaines fibres dites insolubles fermentent aussi. Et réduisent aussi l’absorption du glucose. Le classement binaire ne tient plus debout face aux données récentes.
Ce que les chercheurs australiens ont trouvé
L’équipe du Professeur Raj Eri, de l’université RMIT en Australie, a publié ses travaux dans la revue scientifique Food Research International(1). L’étude porte un titre sans ambiguïté : “Beyond soluble and insoluble”, autrement dit : au-delà du soluble et de l’insoluble.
Les scientifiques proposent une grille de lecture bien plus fine, basée sur cinq critères précis. Chaque fibre est analysée selon :
- Sa structure de base (le squelette de la molécule) ;
- Sa capacité à retenir l’eau ;
- Sa charge électrique (sa structure chargée) ;
- Sa matrice, c’est-à-dire l’environnement dans lequel elle se trouve ;
- Sa vitesse de fermentation dans le côlon.
L’idée n’est pas cosmétique. Elle est pratique.
Selon Christo Opperman, doctorant à RMIT et premier auteur de l’étude, cette approche “par le bas” permet de relier directement une fibre à un effet santé attendu. Tu veux améliorer la santé de ton côlon ? Tu choisis une fibre avec la bonne vitesse de fermentation. Tu veux faire baisser ton cholestérol ? Tu en choisis une autre, avec une capacité de rétention d’eau adaptée.
Pourquoi c’est important
Le constat de départ est sévère. Et il concerne tout le monde.
Les chercheurs rappellent que dans toutes les populations étudiées, en Europe comme aux États-Unis, la consommation de fibres est déficitaire. L’apport recommandé se situe entre 28 et 42 grammes par jour.
La réalité est moins glorieuse :
- Les Américains en consomment 12 à 14 grammes par jour en moyenne ;
- Les Européens tournent autour de 18 à 24 grammes par jour.
Autrement dit : la moitié de ce qu’il faudrait, dans le meilleur des cas. Et pour le moment, la plupart des gens compensent en avalant au hasard du son, du pain complet ou des pruneaux, sans jamais savoir si la fibre qu’ils ingèrent correspond au bénéfice qu’ils cherchent.
C’est exactement ce que cette nouvelle classification veut corriger.
L’image à retenir
Les auteurs font une comparaison simple : les fibres fonctionnent comme des médicaments. Chaque type a une cible et un effet propre. On ne prend pas un anti-inflammatoire pour soigner une angine. On ne mange pas n’importe quelle fibre pour régler n’importe quel problème digestif ou métabolique.
Pomme ou banane : le piège
L’exemple choisi par le Professeur Eri est parlant. La pomme et la banane sont deux fruits riches en fibres. Les deux sont réputés bons pour la santé.
Mais les fibres qu’ils contiennent n’agissent pas du tout de la même manière.
Les structures moléculaires diffèrent, leur vitesse de fermentation diffère, leur charge et leur capacité à retenir l’eau aussi. Résultat : deux effets physiologiques distincts, pour deux fruits que l’on met pourtant dans la même catégorie générique “fibre”.
Le message des auteurs est clair sur ce point : dire “mange plus de fibres” revient à dire “prends un médicament”. Lequel ? Pour quoi faire ? À quelle dose ? Les anciennes recommandations laissaient toutes ces questions sans réponse.
Ce que l’étude change concrètement
Pour le moment, la nouvelle classification est un cadre théorique. Un outil de travail pour les scientifiques, les diététiciens et les industriels de l’agroalimentaire.
L’équipe de RMIT a déjà commencé à l’appliquer. Ses membres ont analysé 20 types de fibres différents et étudié la manière dont chacun interagit avec le microbiote intestinal. Ces interactions précises étaient jusqu’ici peu documentées.
La prochaine étape annoncée par les chercheurs consiste à étudier comment un type précis de fibre, défini selon leurs cinq critères, modifie le microbiote et comment cette modification peut servir à traiter un problème de santé identifié.
À terme, l’objectif est double :
- Permettre aux consommateurs de choisir leurs fibres en fonction d’un effet santé ciblé ;
- Permettre aux industriels de concevoir des aliments fonctionnels vraiment adaptés à un besoin précis.
Ce qu’il faut retenir
Le classement soluble/insoluble que tu as appris à l’école est dépassé. Les chercheurs australiens proposent cinq critères pour remplacer ce duo binaire et le message est simple : toutes les fibres ne font pas la même chose.
Pour l’instant, pas de bouleversement dans ton assiette. Mais l’étude trace la route d’une alimentation beaucoup plus ciblée, où chaque fibre aura un rôle identifié et mesurable, comme un principe actif.
En attendant, une seule règle tient toujours : viser 28 à 42 grammes par jour. Et varier les sources, puisque chaque type de fibre apporte quelque chose que les autres n’apportent pas.
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Sources éditoriales et fact-checking