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Étude · Cancers

Cancer du poumon : ce que votre tour de taille révèle vraiment sur votre risque

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cancer poumon votre tour de taille revele risque
Crédit photo © Docteur-Fitness.com
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Vous pensiez que la cigarette était le seul grand responsable ? Vous pensiez qu’être en surpoids protégeait un peu de certains cancers ? Une étude américaine vient de retourner ces certitudes comme une crêpe. Des chercheurs viennent de mettre le doigt sur un mécanisme silencieux, tapi dans le ventre de millions de personnes, capable de laisser le champ libre à l’une des tumeurs les plus mortelles. Et le pire : ce mécanisme trompe vos propres défenses.

Avant de courir vérifier votre tour de taille, prenez le temps de lire ce qui suit. Il y a de quoi revoir plusieurs idées reçues.

Le fameux « paradoxe de l’obésité » : de quoi parle-t-on ?

Depuis des années, une bizarrerie intrigue les cancérologues. Plusieurs études suggéraient que les personnes en surpoids semblaient un peu moins touchées par le cancer du poumon que les personnes minces. Étrange, non ? Ce phénomène a été surnommé le « paradoxe de l’obésité ».

Le message avait fini par s’installer dans les têtes, y compris chez certains soignants : quelques kilos de trop ne seraient peut-être pas si grave côté poumons. Sauf que ce message vient d’en prendre un coup.

Une étude qui met tout le monde d’accord

Les travaux ont été menés par le Roswell Park Comprehensive Cancer Center, un centre de recherche américain spécialisé dans le cancer (situé à Buffalo, dans l’État de New York). Les résultats ont été publiés dans une revue scientifique le Journal of Thoracic Oncology1.

L’équipe a suivi 1 170 fumeurs ou anciens fumeurs, un profil particulièrement exposé au cancer du poumon. La moitié était déjà atteinte d’un cancer du poumon dit « non à petites cellules » (le type le plus fréquent), l’autre moitié était en bonne santé apparente mais surveillée pendant au moins un an.

Plutôt que de se contenter de l’IMC (l’indice de masse corporelle, un simple calcul poids/taille² qui dit peu de choses sur la façon dont votre corps stocke la graisse), les chercheurs ont utilisé des scanners pour mesurer précisément la graisse abdominale (celle qui s’accumule autour du ventre et des organes). C’est un indicateur bien plus fiable de l’obésité réelle.

Et là, surprise. La conclusion est claire, dérangeante, mais claire.

La graisse du ventre, un ennemi caché de vos poumons

Plus la graisse abdominale est importante, plus le risque de développer un cancer du poumon monte. Fin du « paradoxe ». Le tour de taille n’est pas un simple problème esthétique, c’est un signal d’alerte.

Mais comment quelques centimètres de gras autour du nombril peuvent-ils influencer un organe aussi éloigné que le poumon ? La réponse est fascinante et un peu flippante.

Le mécanisme : quand votre propre système immunitaire vous trahit

C’est ici que l’étude devient vraiment intéressante. Les chercheurs ont examiné l’intérieur des poumons des personnes obèses, aussi bien chez l’humain qu’en laboratoire sur des modèles animaux. Ils y ont trouvé deux anomalies qui expliquent tout.

Trop de « gardiens » qui laissent passer les voleurs

Les poumons des personnes obèses contiennent une quantité anormalement élevée de lymphocytes T régulateurs, aussi appelés « Tregs ». Le rôle normal de ces cellules : calmer le système immunitaire quand il s’emballe, pour éviter qu’il ne s’attaque au corps lui-même.

Sauf que dans le cas présent, ces Tregs en surnombre freinent aussi les défenses qui devraient tuer les cellules cancéreuses naissantes. C’est un peu comme si les vigiles d’un supermarché, censés empêcher les vols, laissaient tranquillement les voleurs remplir leurs sacs.

Des « soldats » qui ne se battent plus

En parallèle, les autres cellules immunitaires (celles qui devraient normalement détruire les tumeurs) apparaissent défaillantes. Elles sont là, mais elles ne font plus leur travail correctement.

Résultat de cette double défaillance :

  • Les cellules cancéreuses passent sous les radars ;
  • Les défenses naturelles sont endormies ;
  • Les tumeurs se développent plus vite et plus discrètement.

En laboratoire, sur des modèles présentant un excès de graisse, les tumeurs pulmonaires se sont développées nettement plus vite que chez les modèles minces.

Ce que change concrètement cette découverte

Cette étude a plusieurs conséquences importantes.

D’abord, l’idée qu’un fort IMC serait protecteur pour le poumon est officiellement remise en cause. C’était probablement un artefact statistique, lié notamment à la façon dont on mesurait l’obésité (l’IMC est vraiment un outil grossier).

Ensuite, la graisse abdominale devient un nouveau facteur de risque à surveiller de près, en particulier chez les personnes déjà exposées : fumeurs et anciens fumeurs en tête. Et ce n’est pas un détail : sur les 40 dernières années aux États-Unis, la proportion de personnes ayant un IMC supérieur à 25 est passée à 66 %, avec plus de la moitié dans la catégorie franchement obèse.

Enfin, l’étude ouvre une piste concrète pour la prévention : agir sur l’inflammation liée à l’obésité et sur ces fameux Tregs pourrait permettre de restaurer une partie des défenses immunitaires du poumon, avant même qu’un cancer n’apparaisse.

Pour information, l’obésité est déjà reconnue comme facteur de risque avéré pour au moins 13 types de cancers différents. Le poumon vient donc s’ajouter (de manière plus solide qu’avant) à cette liste déjà longue.

Ce qu’il faut vraiment retenir

Ne prenez pas peur pour rien, mais ne balayez pas non plus l’information d’un revers de main. Les points clés à garder en tête :

  • L’IMC n’est qu’un indicateur grossier, la graisse abdominale est bien plus parlante ;
  • Le tabac reste évidemment le facteur de risque numéro un pour le cancer du poumon ;
  • L’excès de graisse abdominale semble « éteindre » les défenses immunitaires locales du poumon ;
  • Les personnes cumulant tabagisme (même passé) et surpoids abdominal devraient être particulièrement attentives au dépistage ;
  • Perdre de la graisse abdominale n’est pas qu’une question d’esthétique, c’est aussi un geste de santé publique.

L’étude a été dirigée par le Dr Sai Yendamuri (chirurgien thoracique) et le Dr Joseph Barbi (immunologue), avec comme co-premiers auteurs Randall Smith Jr. et Yeshwanth Vedire. Elle a été financée par plusieurs bourses du National Cancer Institute américain, la Roswell Park Alliance Foundation et l’American Lung Association.

Comme toujours, une étude ne fait pas une vérité définitive. D’autres travaux devront confirmer ces conclusions sur de plus grandes populations. Mais le message général est cohérent avec ce que la science accumule depuis dix ans : l’excès de graisse, en particulier abdominale, entretient une inflammation silencieuse qui perturbe presque tous les systèmes du corps. Vos poumons ne font pas exception.

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