La gale est une maladie de peau très contagieuse qui touche des personnes de tous âges, quels que soient leur hygiène de vie ou leur milieu social. Cette pathologie, qui évolue par « petites épidémies » dans les collectivités, a récemment été signalée dans un lycée de l’Hérault, un collège de l’Ariège ainsi qu’un Ehpad du Cher. Mais qu’est-ce que la gale exactement et comment se transmet-elle ?
Un parasite microscopique à l’origine de la maladie
La gale est causée par un minuscule acarien, le Sarcoptes scabiei, qui pénètre dans l’épiderme pour s’y reproduire. Ce parasite, invisible à l’œil nu, creuse de petits tunnels sous la peau pour y vivre, se nourrir et pondre ses œufs. C’est la réaction de la peau à la présence de ce sarcopte qui provoque l’apparition de symptômes caractéristiques.
Une transmission par contact direct prolongé
La gale se transmet principalement par contact direct et prolongé avec une personne infectée, en particulier lors de contacts rapprochés comme les relations sexuelles ou le partage d’un lit. Les personnes vivant sous le même toit sont donc particulièrement à risque de contracter la maladie si l’un des membres du foyer est atteint.
Bien que moins fréquent, un contact indirect via des vêtements, du linge de lit ou des serviettes contaminés et partagés est aussi possible. Les acariens peuvent en effet survivre 2 à 3 jours en dehors du corps humain.
Des démangeaisons intenses, symptôme principal
Le signe le plus caractéristique de la gale est une démangeaison intense, souvent plus marquée la nuit. Ce prurit s’explique par une réaction allergique aux déjections des sarcoptes femelles qui creusent des galeries dans la peau pour y déposer leurs œufs.
Des petits boutons rouges et des vésicules peuvent apparaître aux endroits où les acariens ont pénétré l’épiderme. Les lésions se situent principalement dans les plis de la peau comme entre les doigts, les poignets, les coudes, les aisselles, autour du nombril, sur les fesses ou les organes génitaux. Chez les nourrissons et jeunes enfants, elles peuvent aussi toucher le cuir chevelu, la paume des mains et la plante des pieds.
Un autre signe évocateur est la présence de sillons sinueux grisâtres sur la peau, tracés par les sarcoptes femelles. Ils mesurent quelques millimètres et sont plus facilement visibles dans les zones de peau fine comme entre les doigts.
Un diagnostic clinique confirmé par un prélèvement
Le diagnostic de la gale repose essentiellement sur l’examen clinique et l’interrogatoire du patient. La présence de lésions caractéristiques et de démangeaisons, surtout si l’entourage proche présente des symptômes similaires, permet d’évoquer la maladie.
Pour confirmer le diagnostic, le médecin peut réaliser un prélèvement cutané superficiel à l’aide d’une petite curette au niveau d’un sillon. L’échantillon est ensuite observé au microscope pour mettre en évidence la présence de sarcoptes, de leurs œufs ou de leurs déjections.
Un traitement par application d’un produit acaricide
Le traitement de la gale repose sur l’utilisation de produits acaricides qui vont éliminer les sarcoptes responsables de l’infestation. Plusieurs options thérapeutiques existent, chacune avec ses spécificités.
Les traitements locaux
La permethrine
La permethrine est un insecticide de synthèse qui agit en perturbant le fonctionnement du système nerveux des sarcoptes. C’est le traitement de référence de la gale en France. Il se présente sous forme de crème à 5 % à appliquer sur l’ensemble du corps, du cou jusqu’aux pieds, en insistant sur les zones fréquemment atteintes comme les espaces interdigitaux, les poignets ou les organes génitaux externes.
Le produit doit être laissé en contact avec la peau pendant 8 à 12 heures, idéalement une nuit entière, avant d’être rincé. L’application doit être renouvelée 7 à 10 jours plus tard pour éliminer les parasites qui auraient pu éclore après le premier traitement.
Le benzoate de benzyle
Le benzoate de benzyle est une autre option pour le traitement local de la gale. Cette substance naturellement présente dans certaines plantes agit en étouffant et desséchant les sarcoptes. Elle est utilisée sous forme d’une lotion à 10 % ou 25 % selon l’âge, à appliquer 2 à 3 fois à 24 heures d’intervalle. Comme pour la permethrine, il est important de traiter l’ensemble du corps et de renouveler l’application après 7 à 10 jours.
Les traitements par voie orale
Dans certains cas, notamment en cas de gale profuse ou hyperkératosique, un traitement par voie orale peut être proposé, seul ou en complément d’un traitement local.
L’ivermectine
L’ivermectine est un antiparasitaire qui paralyse et tue certains parasites en agissant comme un agoniste des canaux chlorure. Elle est administrée sous forme de comprimés en une ou deux prises à une semaine d’intervalle. Bien que très efficace, l’ivermectine n’a pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour cette indication en France et est utilisée hors AMM en dernier recours. Elle est par contre le traitement de référence dans d’autres pays comme les États-Unis.
Les traitements adjuvants
Les antiprurigineux
Les démangeaisons intenses étant un des symptômes les plus pénibles de la gale, des traitements antiprurigineux peuvent être associés pour soulager le patient. Les antihistaminiques de première génération comme la doxylamine ont l’avantage d’avoir un effet sédatif qui peut aider à mieux dormir. Des dermocorticoïdes d’activité faible à modérée peuvent aussi être prescrits sur de courtes périodes en cas de prurit très invalidant.
Les émollients
L’application d’émollients comme la vaseline ou des crèmes hydratantes permet de restaurer la barrière cutanée altérée par l’infestation et de réduire la sécheresse et l’irritation de la peau. Ils soulagent les démangeaisons et accélèrent la cicatrisation des lésions de grattage.
Les antibiotiques
Dans certains cas, les lésions de grattage peuvent se surinfecter et nécessiter un traitement antibiotique local ou par voie orale selon l’étendue et la sévérité de l’infection.
La prise en charge de la gale fait donc appel à différentes options thérapeutiques qui peuvent être combinées pour une efficacité optimale. Le choix du traitement dépend de l’âge du patient, de l’étendue des lésions et d’éventuelles contre-indications. Dans tous les cas, il est essentiel de traiter simultanément l’ensemble des sujets contacts pour éviter une réinfestation et de répéter le traitement après 7 à 10 jours pour éliminer les parasites issus des œufs ayant survécu à la première application. Seule une prise en charge globale et rigoureuse permettra une guérison rapide et durable de cette affection hautement contagieuse.