Le cancer colorectal et le cancer de l’ovaire augmentent chez les jeunes adultes. Pas chez les plus de 50 ans. Une étude publiée dans BMJ Oncology(1) vient de poser un constat qui interpelle.

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Des chiffres qui ne mentent pas
Entre 2001 et 2019, les chercheurs ont analysé les données du National Disease Registry Service en Angleterre. Ils ont comparé les tendances chez les 20-49 ans et les plus de 50 ans, pour plus de 20 types de cancers différents.
Résultat : 16 cancers sur 22 chez les jeunes femmes et 11 sur 21 chez les jeunes hommes ont augmenté de manière significative sur cette période.
Autrement dit : la maladie progresse chez les adultes qui n’étaient pas censés être les plus touchés.
11 cancers liés au mode de vie explosent avant 50 ans
Parmi les cancers en hausse, 11 sont liés à des facteurs de risque comportementaux connus. La liste est longue :
- Thyroïde ;
- Myélome multiple ;
- Foie ;
- Rein ;
- Vésicule biliaire ;
- Côlon (cancer colorectal) ;
- Pancréas ;
- Endomètre (paroi de l’utérus) ;
- Bouche ;
- Sein ;
- Ovaire.
Ces 11 cancers augmentent aussi chez les plus de 50 ans. Mais avec deux exceptions notables : le cancer colorectal et le cancer de l’ovaire, qui ne progressent que chez les jeunes adultes.
C’est là que ça devient intéressant. Pourquoi ces deux cancers spécifiquement ?
Les femmes sont davantage concernées
Cinq cancers progressent plus vite chez les jeunes femmes que chez les femmes plus âgées : endomètre, rein, pancréas, myélome multiple et thyroïde. Chez les hommes, seul le myélome multiple montre cette tendance accélérée chez les plus jeunes.
Le surpoids, suspect numéro 1 (mais pas le seul)
Sur les 11 cancers identifiés, 10 sont associés à l’obésité (tous sauf le cancer de la bouche). Le surpoids reste le facteur de risque le plus transversal. En 2019, il représentait entre 5 % des cas de cancer de l’ovaire et 37 % des cas de cancer de l’endomètre.
Six de ces cancers étaient aussi liés au tabac (foie, côlon, bouche, pancréas, rein, ovaire). Quatre au niveau d’alcool consommé (foie, côlon, bouche, sein). Trois à la sédentarité (côlon, sein, endomètre). Et un seul, le cancer colorectal, était directement lié à l’alimentation.
Et pourtant, les habitudes des jeunes s’améliorent
C’est le paradoxe de cette étude.
Les comportements à risque chez les moins de 50 ans sont stables ou en amélioration depuis deux décennies. La consommation de viande rouge a chuté de manière importante : chez les jeunes hommes, elle est passée de 38 g par jour en 2008 à 17 g en 2018. Chez les jeunes femmes, de 22 g à 10 g.
Plus de 90 % des jeunes adultes ne consommaient pas assez de fibres en 2018. Mais ce chiffre est resté stable ou a légèrement progressé entre 2009 et 2019.
En clair : les jeunes fument moins, boivent moins, mangent moins de viande rouge. Et pourtant, leurs cancers augmentent.
Alors, qu’est-ce qui provoque cette hausse ?
Les chercheurs sont prudents. Ils rappellent que cette analyse est observationnelle : elle montre des corrélations, pas des liens de cause à effet.
Ils évoquent plusieurs pistes pour expliquer cette hausse malgré l’amélioration des habitudes : les aliments ultra-transformés, l’obésité infantile, la sédentarité prolongée, l’utilisation d’antibiotiques, les boissons sucrées et la pollution de l’air.
Autre piste qui mérite d’être creusée selon eux : un déséquilibre du microbiote intestinal (les bactéries qui vivent dans vos intestins et participent à la digestion, à l’immunité et à la protection contre certaines maladies).
D’autres facteurs non évalués dans l’étude pourraient aussi jouer un rôle : l’historique reproductif, les expositions prénatales ou pendant la petite enfance, et les changements dans les pratiques de diagnostic.
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Sources éditoriales et fact-checking