Vous avez dans le ventre quelque chose comme 38 000 milliards de bactéries. Ce chiffre est réel. La plupart de ces organismes ne font rien de mal. Certains travaillent même activement pour vous. Mais il y en a au moins une qui, à la bonne occasion, décide de tout gâcher.
Cette bactérie, c’est Enterococcus gallinarum. Classée parmi les pathobiontes, ces micro-organismes discrets qui basculent quand les conditions s’y prêtent. Et ce qu’elle fait quand elle bascule, une équipe de Yale vient de le documenter dans le détail dans Science Translational Medicine(1).

Quand l’intestin n’est plus étanche
L’intestin sépare votre microbiote de votre sang. C’est sa mission principale. En général, ça fonctionne.
Sauf que E. gallinarum ne respecte pas cette règle. Sous certaines conditions mal comprises, la bactérie traverse la muqueuse. Elle file vers les ganglions lymphatiques, s’installe dans le foie, atteint la rate. Des organes qui n’ont rien à voir avec la digestion, et qui n’attendaient pas ces visiteurs.
C’est ce qu’on nomme la translocation bactérienne. Une fois hors de son habitat naturel, la bactérie ne reste pas passive. Loin de là.
L’immunité qui se retourne contre elle-même
Ce qu’elle déclenche, c’est un dérèglement immunitaire. Deux mécanismes ont été documentés :
- Activation excessive des cellules TH17, qui sont les grandes responsables de l’inflammation chronique ;
- Production d’auto-anticorps IgG3, normalement dirigés contre l’ARN bactérien.
Le problème du deuxième point ? Ces anticorps ne distinguent plus très bien l’ARN bactérien de l’ARN humain. Du coup, ils s’en prennent aux deux. Le corps finit par s’attaquer lui-même. C’est précisément le mécanisme central du lupus érythémateux systémique.
Et ce n’est pas une hypothèse sur des souris de laboratoire.
Du modèle animal au patient humain
C’est là que l’étude prend une dimension différente. L’équipe a utilisé des cellules mononucléées prélevées directement chez des personnes atteintes de lupus et d’hépatite auto-immune.
Ce qu’ils ont trouvé : les taux d’auto-anticorps anti-ARN sont corrélés à l’activité clinique de la maladie. Plus la bactérie transloque, plus les marqueurs de la maladie sont élevés. Un récepteur est au centre du mécanisme : le TLR8, ou Toll-like receptor 8. C’est lui qui reçoit les signaux bactériens et enclenche toute la cascade inflammatoire.
Ce qu’il faut retenir
Le microbiome n’est pas qu’un phénomène de mode. Quand certaines de ses bactéries dérapent, les effets peuvent dépasser largement l’intestin. Cette étude illustre ce mécanisme avec une précision qu’on n’avait pas encore atteinte.
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Sources éditoriales et fact-checking