Vous dormez mal quand il fait chaud. Tout le monde le sait. Nuits agitées, réveils en sueur, sommeil haché. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que la chaleur ne fait pas que ruiner vos nuits. Elle pourrait aussi aggraver un trouble bien plus sérieux : l’apnée du sommeil.
L’apnée obstructive du sommeil, c’est quand les voies respiratoires se bloquent partiellement ou totalement pendant que vous dormez. En clair : vous arrêtez de respirer, parfois des dizaines de fois par nuit, sans même vous en rendre compte. Fatigue chronique, risques cardiovasculaires, baisse de concentration… Les conséquences sont loin d’être anodines.
Et si on vous disait que le réchauffement climatique est en train de rendre ce problème bien pire qu’il ne l’est déjà ?

Une étude massive sur 41 pays
Des chercheurs de l’université Flinders en Australie ont mené une étude publiée dans l’American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine(1). Leur méthode : analyser les données de 116 200 personnes réparties dans 41 pays, sur environ 62 millions de nuits enregistrées entre janvier 2020 et septembre 2023.
Pour mesurer la gravité de l’apnée du sommeil, les participants utilisaient un capteur placé sous le matelas, validé par la FDA (l’agence américaine qui autorise les dispositifs médicaux). Chaque utilisateur a fourni en moyenne 509 nuits de données. Ce n’est pas une petite enquête de quelques semaines : c’est un suivi massif sur plusieurs années.
Les scientifiques ont ensuite croisé ces mesures avec les températures ambiantes sur 24 heures issues de modèles climatiques.
+70 % de risques quand la température grimpe
Le résultat est assez net.
À l’échelle mondiale, quand la température passe de 6,4 °C (valeur basse) à 27,3 °C (valeur haute), le risque de souffrir d’apnée du sommeil augmente de 70 %. Le trouble touche entre 15 et 32 % de la population selon les pays étudiés.
Mais tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. Les Européens sont les plus touchés, avec un risque multiplié par 2 à 3 lorsque les températures grimpent. Aux États-Unis, l’augmentation oscille entre 10 et 40 %. En Australie, entre 40 et 95 %.
Pourquoi une telle différence ? Les chercheurs n’ont pas encore de réponse définitive. L’accès à la climatisation, les habitudes de sommeil, l’isolation des logements ou encore le taux d’humidité pourraient jouer un rôle. Mais le constat est là : la chaleur amplifie le problème, partout.
Un fardeau économique colossal
L’association entre température et apnée du sommeil s’est révélée significative dans 29 des 41 pays analysés. Et les conséquences ne se limitent pas à la santé.
En 2023, l’aggravation de l’apnée liée au réchauffement a été associée à :
- Une perte estimée de 786 383 années de vie en bonne santé (entre 488 197 et 1 084 568 selon les projections), dues à une invalidité ou à un décès prématuré ;
- Une perte de productivité au travail évaluée à 32 milliards de dollars (entre 22 et 42 milliards).
En clair : des gens plus malades, plus fatigués, moins productifs. Et une facture qui explose.
Ce qui nous attend si rien ne change
Les chercheurs ont modélisé plusieurs scénarios climatiques. Et aucun n’est rassurant.
Si les températures dépassent les +2 °C par rapport aux niveaux préindustriels (ce qui est le scénario le plus probable selon la majorité des projections actuelles), le fardeau lié à l’apnée du sommeil serait multiplié par 1,5 à 3 d’ici 2100. Depuis l’an 2000, le changement climatique aurait déjà fait grimper ce fardeau de 50 à 100 %.
Les auteurs de l’étude rappellent l’urgence de limiter le réchauffement à +1,5 °C, conformément à l’Accord de Paris. Mais au-delà du climat, ils soulignent un autre levier : le diagnostic et le traitement de l’apnée du sommeil restent très insuffisants à travers le monde. Une grande partie des personnes touchées ne savent même pas qu’elles en souffrent.
Mieux diagnostiquer pour limiter les dégâts
Le vrai problème est double. D’un côté, un climat qui s’emballe. De l’autre, un trouble du sommeil massivement sous-diagnostiqué et sous-traité.
Les chercheurs l’affirment : améliorer les taux de diagnostic et de prise en charge réduirait considérablement l’impact du réchauffement sur la santé liée au sommeil. En d’autres termes, on ne peut pas (encore) contrôler le thermomètre mondial, mais on peut mieux repérer et accompagner les personnes à risque.
Si vous ronflez fort, si vous êtes fatigué en permanence malgré des nuits complètes, si votre partenaire vous dit que vous arrêtez de respirer la nuit : parlez-en à votre médecin. Ce n’est pas juste un problème de confort. C’est un problème de santé publique, et la chaleur ne va rien arranger.
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Sources éditoriales et fact-checking