Pendant des années, il a été montré du doigt. Associé à la fatigue, aux brûlures musculaires, à la performance qui chute. Le lactate, souvent confondu avec l’acide lactique, traîne une réputation de simple déchet métabolique.
Mais ce que viennent de montrer plusieurs études récentes pourrait bien renverser cette idée.
Et si ce “déchet” était en réalité un acteur clé de votre système immunitaire ?

Ce que les chercheurs ont découvert change la perspective
Les travaux publiés dans Cell(1) explorent un mécanisme encore peu connu : le rôle du lactate dans l’immunité innée, c’est-à-dire la première ligne de défense du corps contre les infections.
Contrairement à ce que l’on pensait, le lactate ne serait pas passif. Il agirait directement sur certaines cellules immunitaires, en modifiant leur comportement.
Plus précisément, les chercheurs ont observé que le lactate peut renforcer la capacité des cellules à se défendre contre des agents pathogènes.
Ce n’est pas une simple corrélation. Il y a un mécanisme biologique derrière.
Une molécule qui “reprogramme” les défenses
Le point central de ces études repose sur un phénomène appelé “lactylation”.
C’est une modification chimique qui se produit sur les protéines, notamment les histones, qui régulent l’expression des gènes.
En clair, le lactate peut influencer quels gènes sont activés ou non.
Et cela a des conséquences directes sur les cellules immunitaires.
Les chercheurs ont montré que cette lactylation permet :
- Une activation plus efficace de certains gènes liés à l’immunité ;
- Une meilleure adaptation des cellules face à une infection ;
- Une modulation de la réponse inflammatoire.
Ce point est important. Trop d’inflammation est dangereux, pas assez l’est aussi. Le lactate semble jouer un rôle d’équilibrage.
Ce qui se passe vraiment pendant un effort
Lors d’un exercice intense, le niveau de lactate augmente fortement dans le corps.
Jusqu’ici, cela était vu comme un simple effet secondaire du métabolisme énergétique.
Mais ces nouvelles données suggèrent autre chose.
L’augmentation du lactate pourrait participer à la préparation du système immunitaire.
Autrement dit, l’effort physique ne stimulerait pas seulement le cœur ou les muscles, mais aussi les défenses, via ce mécanisme.
Cela pourrait expliquer en partie pourquoi l’activité physique régulière est associée à une meilleure résistance aux infections.
Attention à l’interprétation
Il est tentant de conclure que “plus de lactate = meilleure immunité”.
Ce serait une erreur.
Les études montrent un rôle du lactate dans des conditions bien précises, à des niveaux contrôlés, et dans des contextes cellulaires spécifiques.
On parle ici de mécanismes observés en laboratoire, parfois sur des modèles animaux ou cellulaires.
Cela ne signifie pas que pousser son corps à l’extrême ou rechercher volontairement une accumulation de lactate serait bénéfique.
Ce que disent réellement les études
- Le lactate n’est pas qu’un déchet, il a un rôle actif ;
- Il influence l’expression des gènes via la lactylation ;
- Il peut moduler la réponse des cellules immunitaires ;
- Il participe à l’équilibre entre activation et inflammation ;
- Son effet dépend du contexte et des niveaux présents.
Sources éditoriales et fact-checking