Faire du sport est bon pour le corps. Tout le monde le sait. Mais il y a un détail que personne (ou presque) ne mentionne : l’air que l’on respire pendant l’effort.
Une revue scientifique publiée dans Current Sports Medicine Reports(1) et élue “article de l’année” par l’American College of Sports Medicine (ACSM) vient de remettre ce sujet sur la table. Et ce que les chercheurs ont compilé n’est pas très rassurant pour les sportifs qui s’entraînent en ville.

Table des matières
Le problème, c’est la respiration
Au repos, un adulte respire environ 6 à 8 litres d’air par minute. Pendant un effort intense, ce volume peut grimper à 100, voire 150 litres par minute. En clair : un coureur en plein footing aspire 10 à 20 fois plus d’air qu’une personne assise sur un banc.
Le souci, c’est que l’on ne respire pas seulement de l’oxygène. On inspire aussi tout ce qui flotte dans l’air : particules fines (les fameuses PM2.5, des poussières microscopiques d’un diamètre inférieur à 2,5 micromètres), ozone, dioxyde d’azote, monoxyde de carbone et composés organiques volatils.
Et quand on fait du sport, on respire par la bouche. Ce qui contourne les filtres naturels du nez (les poils et le mucus qui piègent normalement une partie des polluants). Résultat : les particules pénètrent plus profondément dans les poumons et peuvent même passer dans le sang.
Ce que dit la science sur la performance
C’est là que ça devient concret. Selon les études compilées dans cette revue, la pollution a un impact direct et mesurable sur les performances sportives.
Un marathonien moyen aurait mis environ 12 minutes de plus pour terminer le marathon de Ladakh (Inde) en 2014 lors d’un jour très pollué, comparé à un jour avec une pollution modérée. Une autre étude(2) portant sur plus de 2,5 millions de coureurs ayant participé à neuf marathons majeurs aux États-Unis entre 2003 et 2019 a montré que pour chaque augmentation d’1 µg/m³ de PM2.5 le jour de la course, les hommes perdaient en moyenne 32 secondes et les femmes 25 secondes.
Les effets ne s’arrêtent pas au chrono.
Les études citées dans l’article montrent que l’exposition aux polluants peut réduire l’endurance, altérer la capacité pulmonaire et même affecter la prise de décision chez les athlètes. Dans les sports collectifs, les chercheurs ont observé une diminution des efforts de haute intensité, une distance totale parcourue plus faible et une augmentation des erreurs en compétition.
L’ozone, le polluant le plus sournois
L’ozone semble être le polluant le plus impactant sur la performance. En plus de diminuer les capacités, il augmente le nombre d’abandons d’effort, parfois jusqu’à 50 % lorsque les concentrations sont élevées.
Le pire, c’est que ce gaz est souvent présent en quantité plus importante… l’été. Précisément quand les sportifs passent le plus de temps dehors.
Les poumons ne sont pas les seuls concernés
L’exposition chronique aux polluants ne touche pas que le système respiratoire. La revue de l’ACSM met en évidence des effets cognitifs : la pollution peut altérer la prise de décision et la concentration pendant l’effort.
Chez les footballeurs en particulier, les chercheurs(3) ont observé que la pollution favorise le stress oxydatif (un déséquilibre entre les radicaux libres et les antioxydants dans le corps), l’inflammation des voies respiratoires et une suppression de la fonction immunitaire à long terme.
En d’autres termes : non seulement on court moins vite, mais on récupère moins bien et on tombe plus facilement malade.
Qui sont les plus vulnérables ?
Tous les sportifs ne sont pas égaux face à la pollution. La revue de l’ACSM souligne que certains groupes sont plus exposés et plus à risque : les jeunes athlètes, les para-athlètes, les militaires en entraînement et les personnes vivant dans des zones défavorisées.
Des recherches génétiques ont par ailleurs mis en évidence que certaines variations de gènes rendent des individus plus sensibles aux polluants, tandis que d’autres confèrent une relative protection. Ce qui signifie que deux personnes courant côte à côte dans la même rue peuvent ne pas subir les mêmes conséquences.
Faut-il arrêter de courir dehors ?
Non. Et c’est le message principal des auteurs de cette revue (Walsh, Tharp, Kiley et Koehle, de l’Université de Colombie-Britannique).
Le sport reste bénéfique, même en ville. Une étude(4) de 2025 a montré que l’exercice régulier réduit le risque de mortalité, y compris dans les zones polluées, à condition que le taux de PM2.5 ne dépasse pas 25 µg/m³ de façon chronique.
Le vrai sujet n’est pas de savoir s’il faut faire du sport. C’est de savoir quand et où en faire.
Les solutions proposées par les chercheurs
- Adapter les horaires d’entraînement pour éviter les pics de pollution (heures de pointe, forte chaleur l’été) ;
- S’éloigner des grands axes routiers, surtout pendant les heures de trafic dense ;
- Consulter les applications de qualité de l’air avant chaque séance (comme Atmo France, IQAir ou Plume Labs) ;
- Privilégier les entraînements en intérieur les jours de forte pollution.
Comme le résume Michael S. Koehle, l’un des auteurs : les athlètes et les personnes actives doivent considérer non seulement comment ils s’entraînent, mais aussi quand et où, pour réduire ces risques.

Le masque, une option ?
Certaines recommandations incluent le port de masques filtrants (type FFP2 ou masques spécialisés pour la course) capables de bloquer une bonne partie des particules fines. En pratique, courir avec un masque reste contraignant et peu agréable, mais pour les sportifs vivant dans des zones très polluées, c’est un compromis qui peut valoir le coup.
Pourquoi on n’en parle pas plus
C’est la vraie question. La pollution de l’air est déjà responsable d’environ 7 millions de décès par an dans le monde selon les données compilées dans la revue. Et malgré cela, les recommandations sportives officielles ne mentionnent quasiment jamais la qualité de l’air.
Pas de consigne dans les plans d’entraînement. Pas de panneau d’information sur les parcours de running en ville. Pas de mesure de pollution en temps réel lors des grandes courses (à quelques exceptions près).
L’ACSM espère que cette revue servira de base scientifique pour que les organisations sportives et les urbanistes développent des protocoles d’entraînement et des politiques de santé publique adaptées.
En attendant, une habitude simple peut faire la différence : vérifier la qualité de l’air avant d’enfiler ses baskets.
Résumé en image

Sur le même sujet
Sources éditoriales et fact-checking